Local ou international : comment avancer ses pions sur l’échiquier professionnel, une fois rentré en Afrique ?

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par Marie-Ange NOUROUMBY, Chargée de communication, IFC

Le retour de la diaspora africaine sur le continent est essentiellement motivé par des raisons professionnelles : progresser, créer son entreprise ou même changer de carrière. Les opportunités offertes aux talents locaux et de la diaspora sont exponentiellement différentes, à commencer même par l’accès à l’information. La différence des parcours donne un certain avantage compétitif aux talents de la diaspora. Néanmoins, l’idée qu’un profil international soit d’emblée plus fort ne garantit pas pour autant le poste en or ; et donc le retour gagnant. La recherche d’opportunités d’emploi en Afrique reste difficile et parfois opaque pour les candidats de la diaspora. Comment avoir de la visibilité sur la réalité du poste proposé par rapport au niveau de vie de la ville ou du pays dans lequel il se trouve ? Faut-il se vendre comme un talent local ou international ? En passant en revue les différents types d’organisations, et les opportunités qu’elles proposent, il apparait qu’un savant mélange des deux positions, à la fois internationale et locale peut toutefois aider à bâtir un parcours professionnel riche et valable.

Considérés comme talents internationaux, beaucoup auront vent d’opportunités au sein de grands groupes internationaux implantés en Afrique, satisfaisant leurs aspirations en termes de responsabilité, de salaires et d’avantages. Ces offres peuvent servir de phase de transition pour tester le retour en Afrique, et permettra de rester flexible si l’expérience ne s’avère pas concluante. Ce sont les postes les plus convoités, notamment auprès des cadres moyens et supérieurs, car ils proposent un environnement fiable et confortable. Les profils internationaux sont favorisés : leur expérience est fortement valorisée et la négociation est à leur avantage.

Les grandes sociétés nationales en Afrique proposent des offres parfois moins compétitives au niveau rétributions salariales, mais impliquent beaucoup de responsabilité et d’autonomie, du réseau et de l’expérience de terrain. Ici, être un candidat « local » est un avantage, à condition d’avoir passé au moins quelques mois sur place et s’être acclimaté au contexte. L’intérêt est de trouver un poste qui permette une bonne pénétration, à utiliser ensuite comme une carte de visite. Les profils internationaux restent forts mais leur pouvoir de négociation est amoindri car des cadres locaux du même acabit peuvent être recrutés sur place au salaire local.

Les entreprises internationales s’installant en Afrique pour la première fois proposent un mélange de grandes responsabilités et de réseau, trop souvent avec des avantages peu reluisants. Leur force de démarrage repose parfois essentiellement sur les employés de la diaspora et requiert beaucoup d’effort et peu de réconfort. Pour amortir leurs coûts d’investissement, ces entreprises imposent souvent de longues heures de travail, des contrats de travail caduques, peu de soutien et un niveau élevé d’exigence, pour amortir leurs coûts d’investissement. Par exemple, Danone au Kenya, n’a pas su faire face à la concurrence locale. Ou encore Twitter, décide de s’implanter au Ghana alors qu’initialement cela était prévu au Nigeria. Ces deux grands groupes internationaux ont ainsi fait preuve de volatilité en termes de stabilité professionnelle. Dans ce cas, les profils internationaux et locaux étaient dans la même positit, car malgré leur fort attrait, ils ont eu un pouvoir de négociation limité.

Après quelques années en Afrique, je constate que l’avantage international s’atténue et la force de négociation se réduit. On peut facilement être recruté au salaire local parce que malgré le profil, les expériences récentes ont été peu conséquentes en termes de salaire. Voici quelques conseils pour rester compétitifs.

Le premier réflexe sera de multiplier les ressources pour avoir accès à des offres intéressantes : cabinets d’experts, internet, réseaux de professionnels du pays d’origine, bouche à oreille, candidatures spontanées, réseautage et même la presse nationale locale. Une des stratégies peut consister à être « un gros poisson dans un petit bassin » : attiré par Abidjan, Dakar, Lagos ou Johannesburg, il est parfois plus judicieux de viser Libreville, Cotonou ou Dar el Salam, car la force du profil par rapport au vivier local peut donner accès à des opportunités plus exclusives. Dans les institutions de développement internationales par exemple, avoir une nationalité peu représentée est un avantage. Postuler en tant que Guinéen, Congolais de Brazzaville ou Malawite peut donner un avantage pour des organisations cherchant à accroitre la diversité de leur personnel. Dans cette situation, une nationalité locale avec un profil international fonctionne bien.

La question de l’identité titille beaucoup la diaspora et se manifeste concrètement au moment de la recherche d’un emploi en Afrique. Même après des années en Afrique, des références comme « occidental », « toubab » et autre « blanc » seront parfois encore présentes ; quelle que soit la couleur exacte de votre teint ou la maitrise de votre accent local. Au lieu d’osciller, concilier ; tel un alchimiste, le défi sera d’embrasser un positionnement hybride qui se déplace sur le curseur des identités en fonction de la pression atmosphérique. Alors soyez un peu magicien et ayez toujours un autre tour dans votre sac.

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